Sommaire (10 parties)
Pourquoi un chantier rentable peut vider la caisse
Vous payez tôt : les matériaux à la commande ou à 30 jours, les salaires chaque mois, les charges fixes qui courent même entre deux chantiers. Le client paie plus tard : un acompte à la signature, puis des factures de situation ou une facture finale réglées à leur échéance, et parfois une retenue de garantie rendue un an seulement après la réception des travaux.
| Moment | Ce qui sort de la caisse | Ce qui y entre |
|---|---|---|
| Avant le chantier | Matériaux commandés, location réservée | Acompte du client |
| Pendant le chantier | Salaires, charges fixes, livraisons suivantes | Factures de situation, à leur échéance |
| À la fin | Dernières factures des fournisseurs | Facture finale, à son échéance |
| Un an après la réception | Rien | Retenue de garantie, si le marché en prévoit une |
| Toute l'année | TVA, cotisations, emprunts, votre rémunération | Paiements des autres chantiers |
Ce décalage a un nom : le besoin en fonds de roulement, la somme qu'une entreprise doit financer pour couvrir l'écart entre ses dépenses et ses recettes d'activité. Il grossit quand vos clients paient plus tard, quand vous payez vos fournisseurs plus tôt, et quand l'activité augmente : deux chantiers en même temps, ce sont deux fois plus d'achats à avancer. La rentabilité d'un chantier se joue sur le prix et les heures ; la trésorerie, sur les dates.
Le plan de trésorerie sur treize semaines
Un plan de trésorerie part de ce que vous avez en banque aujourd'hui et y ajoute, semaine après semaine, ce qui doit entrer et sortir. Treize semaines, c'est un trimestre : assez loin pour voir venir un trou, assez près pour que les chiffres soient fiables.
- Le solde de départ : celui de vos comptes, pas celui que vous espérez.
- Les encaissements : les factures émises, à la date où chaque client paie vraiment, puis les acomptes et situations à venir des chantiers signés. Rien pour un devis qui n'est pas signé.
- Les décaissements : fournisseurs à leur échéance, achats prévus, salaires et charges, charges fixes, emprunts, TVA, cotisations et votre rémunération.
- Le solde de fin de semaine, qui devient le solde de départ de la suivante.
Mettez-le à jour chaque semaine, le même jour, en remplaçant les prévisions passées par ce qui est réellement arrivé. Un tableur suffit. Soyez prudent : un encaissement incertain se place tard, une dépense probable se place tôt.
Exemple : trois mois avec un chantier rentable
Hypothèses, pour l'artisan et un salarié : 8 000 € en banque au 1er novembre. Un chantier de 24 000 € HT pour un client professionnel, signé avec un acompte de 30 % (7 200 € encaissés en novembre). Ses matériaux, 9 000 € HT, se paient 6 000 € en novembre et 3 000 € en décembre. Les travaux occupent ces deux mois ; la facture finale de 16 800 € part fin décembre et se paie à 30 jours. Un second chantier apporte un acompte de 4 500 € en janvier et 5 000 € de matériaux à payer. Les petits chantiers déjà facturés rapportent 4 000, 3 000 puis 5 000 €. Chaque mois sortent 3 400 € de salaire chargé, 1 600 € de charges fixes et 3 500 € pour la rémunération et les cotisations de l'artisan. Tout est hors taxes : la TVA est mise de côté à part.
| Novembre | Décembre | Janvier | |
|---|---|---|---|
| Solde au début du mois | 8 000 € | 4 700 € | -3 800 € |
| Premier chantier : acompte, puis facture finale | 7 200 € | 0 € | 16 800 € |
| Second chantier : acompte | 0 € | 0 € | 4 500 € |
| Petits chantiers | 4 000 € | 3 000 € | 5 000 € |
| Matériaux | -6 000 € | -3 000 € | -5 000 € |
| Salaire chargé | -3 400 € | -3 400 € | -3 400 € |
| Charges fixes | -1 600 € | -1 600 € | -1 600 € |
| Rémunération et cotisations de l'artisan | -3 500 € | -3 500 € | -3 500 € |
| Solde à la fin du mois | 4 700 € | -3 800 € | 9 000 € |
Le compte finit à 9 000 €, mais en décembre, il passe à 3 800 € de découvert : matériaux et salaires sont payés, la facture finale ne l'est pas encore. Le plan le montre dès novembre.
Le même chantier, avec une situation fin novembre
Facturez une situation à 50 % d'avancement fin novembre, payée à 30 jours. Si l'acompte en est déduit en entier, elle apporte 4 800 € fin décembre (12 000 € de travaux faits, moins 7 200 € déjà versés), et la facture finale descend à 12 000 €. Décembre finit à 1 000 €, janvier toujours à 9 000 €. Ni le prix ni la marge n'ont changé : seulement les dates.
Encaisser plus tôt
- Un acompte à la commande, qui couvre au moins les matériaux du chantier.
- Des situations régulières sur tout chantier de plusieurs semaines.
- Un délai de paiement écrit sur le devis. Entre professionnels, sans clause, le paiement est dû 30 jours après l'exécution des travaux ; un délai convenu ne peut dépasser 60 jours après la date de la facture, ou 45 jours fin de mois (Code de commerce, article L441-10). Voir les délais de paiement entre professionnels.
- Une facture envoyée le jour où les travaux finissent, pas en fin de mois.
- Une relance dès l'échéance, puis selon le calendrier des relances d'impayés.
- La garantie de paiement pour un marché privé de plus de 12 000 € HT avec un client qui agit pour son activité professionnelle : il doit vous garantir le paiement par une caution ou par un crédit versé directement à l'entreprise (Code civil, article 1799-1). Voir la garantie de paiement de l'article 1799-1.
- Une caution à la place de la retenue de garantie : la loi du 16 juillet 1971 le permet, ce qui évite d'attendre un an une partie du prix.
Payer au bon moment
- Les délais fournisseurs : négociez-en un avec vos fournisseurs habituels, dans les mêmes plafonds légaux, et payez à l'échéance, pas avant. Notez l'échéance de chaque facture d'achat, comme l'explique notre guide pour suivre ses achats et ses factures fournisseurs.
- Des livraisons par phase plutôt que tout au démarrage, quand le chantier le permet.
- Les dépenses qui peuvent attendre, comme un véhicule neuf, hors des mois tendus.
La TVA et les cotisations : de l'argent qui n'est pas à vous
Pour des travaux, la TVA est due à l'encaissement de chaque acompte ou paiement, sauf si vous avez choisi de la payer d'après les débits. Ce choix décale le mois où la TVA sort de votre compte : il est expliqué dans l'article sur la TVA sur les encaissements ou les débits. Mettez-la sur un compte à part le jour où le client paie. Au 1er janvier 2027, le régime simplifié de TVA est supprimé : les entreprises qui en relevaient passent au régime réel normal, avec une déclaration chaque trimestre, ou chaque mois au-delà d'un seuil de chiffre d'affaires. Reportez ce rythme dans votre plan.
En micro-entreprise, les cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires déclaré chaque mois ou chaque trimestre. Hors micro-entreprise, celles de l'année sont provisionnelles, puis régularisées l'année suivante sur vos revenus réels : une bonne année se paie en partie l'année d'après. Provisionnez-les comme la TVA.
Quand la trésorerie ne suffit pas
Si le plan montre un trou que ces leviers ne comblent pas, parlez-en à votre banque avant qu'il arrive : un découvert se discute mieux quand le compte est encore créditeur et que vous montrez votre plan.
- L'affacturage : vous cédez des factures en attente de paiement à une société d'affacturage, qui vous en avance le montant et se charge de les encaisser. Il ne concerne que les factures adressées à des professionnels, et il coûte cher.
- La mobilisation de créances : vous cédez ou donnez en garantie à votre banque des factures professionnelles, par exemple par un bordereau Dailly, pour être payé en avance. Vous gardez la relation avec vos clients.
- La médiation du crédit de la Banque de France, si votre banque vous refuse un crédit ou en cas d'autre difficulté de financement : gratuite, confidentielle, ouverte aux artisans, elle se demande en ligne.
- Le Médiateur des entreprises, pour un différend avec un client professionnel sur les conditions de paiement : ce service de l'État propose une médiation gratuite et confidentielle, qui suppose l'accord des deux parties.
Face à un client qui ne paie toujours pas, la suite est la mise en demeure de payer, puis une procédure devant le tribunal.
Les signaux d'alerte
- Le solde prévu passe sous zéro dans les treize semaines.
- Le découvert ne redescend plus entre deux encaissements.
- Les factures en retard s'accumulent, ou un gros client paie de plus en plus tard.
- Vous payez les matériaux d'un chantier avec l'acompte du suivant.
- La TVA ou les cotisations partent en retard.
- Les devis signés se font rares : votre plan de charge montre le creux avant le compte en banque.
Un seul suffit pour refaire le plan et en parler à votre comptable.
Dans Nexorio
- Ce que vos clients vous doivent, dans tous les plans : sur le tableau de bord, la carte « Vos clients vous doivent » donne le total et la part en retard, et la liste « À faire » commence par les factures en retard.
- Ce qui va rentrer, avec le plan Pro : dans « Indicateurs », le bloc « Encaissements attendus » range les sommes dues par semaine d'échéance sur huit semaines, de « Échéance dépassée » à « Cette semaine » et au-delà, retenues de garantie datées comprises. Avec un autre plan, il montre les « Échéances dans les 7 prochains jours ».
- Les relances automatiques des factures en retard, avec le plan Pro, réglées dans Paramètres, et envoyées après votre accord avec « Je valide chaque relance ».
- Les retenues de garantie, avec le plan Pro : la page « Retenues de garantie » passe chacune de « Délai en cours » à « À réclamer » quand l'année est écoulée.
- Vos fournisseurs, dans tous les plans : la page « Achats » enregistre chaque achat avec son échéance ; ses vignettes « Reste à payer » et « En retard » donnent les montants, et « Exporter (CSV) » les sort pour votre tableur.
- L'acompte et les situations : la fiche d'un devis accepté propose « Facture d'acompte », les situations, puis « Facture finale : Solde ».
Ce que Nexorio ne fait pas
- Se connecter à votre banque : votre solde et vos dépenses courantes se reportent à la main.
- Tenir un plan de trésorerie complet, avec vos salaires, charges fixes, TVA et cotisations.
- Encaisser les factures en ligne : vos clients paient par les moyens indiqués sur la facture.
- Proposer un financement, un découvert ou de l'affacturage.
Sources
- Légifrance : Code de commerce, article L441-10, délais de paiement
- Entreprendre Service Public : dates d'exigibilité de la TVA
- impots.gouv.fr : le régime simplifié de TVA supprimé au 1er janvier 2027
- Entreprendre Service Public : l'affacturage
- Banque de France : la médiation du crédit aux entreprises
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un plan de trésorerie pour un artisan du bâtiment ?
C'est un tableau qui part du solde de vos comptes aujourd'hui et y ajoute, semaine après semaine, ce qui doit entrer et ce qui doit sortir : acomptes, situations et soldes des chantiers signés d'un côté, fournisseurs, salaires, charges fixes, TVA et cotisations de l'autre. Sur treize semaines, il montre un trou de trésorerie assez tôt pour agir.
Pourquoi mon compte est-il à découvert alors que mes chantiers sont rentables ?
Parce que la rentabilité se joue sur le prix et les heures, et la trésorerie sur les dates. Les matériaux et les salaires se paient pendant le chantier, la facture finale se paie à son échéance, parfois un mois après la fin des travaux. Un acompte à la commande et des factures de situation régulières réduisent ce décalage.
Faut-il mettre la TVA de côté à chaque paiement d'un client ?
C'est le réflexe le plus sûr. Pour des travaux, la TVA est due à l'encaissement de chaque acompte ou paiement, sauf option pour la TVA sur les débits, et elle se reverse à la déclaration suivante. La placer sur un compte à part le jour où le client paie évite de la dépenser pour le chantier suivant.
Un artisan qui travaille pour des particuliers peut-il recourir à l'affacturage ?
Non pour ces factures-là : l'affacturage ne concerne que les factures adressées à des clients professionnels. Avec des particuliers, les leviers sont l'acompte à la commande, les factures de situation sur un chantier long et une facture envoyée dès la fin des travaux.
Que faire si ma banque refuse de financer un creux de trésorerie ?
Vous pouvez saisir en ligne la médiation du crédit de la Banque de France, gratuite et confidentielle, ouverte aux artisans : elle cherche une solution avec votre banque. Préparez votre plan de trésorerie, qui montre d'où vient le creux et quand il se referme.